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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 11:05

La taille légale de capture (TLC) des truites et le quota journalier de prise ont toujours été au sein d'un important débat entre les pêcheurs. Les pêcheurs sportifs pensent souvent qu'en augmentant la TLC et en réduisant le quota de prise journalier, la densité de poisson se verrait augmentée de façon importante.

 

 

Je ne sais pas ce qu'il en est des autres cours d'eaux français, du Massif Central, de Bretagne, des Alpes, des Vosges, du Jura, de Corse... mais je commence a avoir une petite expérience du fonctionnement des rivières pyrénéennes : réduire le quota de prise journalier ne changera pas grand chose à la densité de truite !

 

 

Tout d'abord, que souhaitons nous faire en réduisant les quotas ? Gérer au mieux la vie du cours d'eau ? Si pour faire de la gestion d'un écosystème aquatique les pêcheurs se basent sur l'expérience qu'ils ont de leur pêche alors ils vont droit dans le mur. Non, à coup sûr, une augmentation de la TLC et une réduction des quotas, c'est une forme de gestion halieutique. L'idée serait que le pêcheur attrape plus de poissons et plus de gros poissons. L'idée est séduisante ... mais passe-t-elle par ce genre de contraintes réglementaires ?

 

 

Dans notre département des Hautes-Pyrénées, le quota de prise journalier est de 10 truites par jour et par pêcheur et la taille légale de capture varie selon les cours d'eaux (fonction souvent de leur altitude) de 18 cm à 23 cm. Ces chiffres horripilent bon nombre de pêcheur à la mouche qui me disent que c'est complétement hallucinant de pouvoir garder 10 truites par jour et qu'il faudrait des quotas plus contraignant pour le préleveur.

 

 

Faisons donc l'expérience virtuelle sur ce blog d'une réduction du quota de prise journalier. Divisons par deux le quota journalier de prise de truite : 5 truites au panier au lieu de 10 par jour et par pêcheur. Quel va être l'impact de cette mesure virtuelle ?

 

Le week-end du 24-25 août 2013 s'est déroulé une manche du Championnat de France de Pêche à la Mouche de 2ème division sur l'Adour. Ce championnat regroupe 36 pêcheurs à la mouche. La compétition se déroule en 3 manches de 4 h. 2 manches le samedi et 1 le dimanche. Je rappelle que pour ce genre de compétition, il n'y a pas de déversement de truite surdensitaire et tous les poissons sont remis à l'eau dans de bonnes conditions. J'ai répertorié l'ensemble des résultats de cette compétition par compétiteur et par manche. Résultats qui vont me servir pour notre petite expérience car toutes les truites d'une taille supérieure ou égale à 19,0 cm ont été mesurées et comptabilisées lors de cette épreuve.

 

 

Puisque nous parlons de quota journalier, définissons ce qu'est une journée de pêche ! Estimons à 8h de pêche une journée de pêche. Là, comme dirait Florence Foresti : "j'suis large" !  Je dirais même que je suis très très large mais réglementairement, on pourrait pêcher 8h dans la journée donc pourquoi pas.

 

Voilà les résultats des compétiteurs. Par soucis de discrétion, je n'ai pas mis les noms des compétiteurs mais un numéro. Je n'ai évidemment comptabilisé que les truites "capturables", c'est à dire a la taille légale de capture, soit 23 cm, sur l'unique journée de samedi (8h de pêche réparties en 2 manches de 4h) :

Compétiteur 1 : 2 truites à la TLC sur la journée

Compétiteur 2 : 4 truites

Compétiteur 3 : 1

Compétiteur 4 : 3

Compétiteur 5 : 4

Compétiteur 6 : 5

Compétiteur 7 : 1

Compétiteur 8 : absent

Compétiteur 9 : 0

Compétiteur 10 : 2

Compétiteur 11 : 2

Compétiteur 12 : 2

Compétiteur 13 : 1

Compétiteur 14 : 0

Compétiteur 15 : 2

Compétiteur 16 : 5

Compétiteur 17 : 0

Compétiteur 18 : 1

Compétiteur 19 : 0

Compétiteur 20 : 0

Compétiteur 21 : 1

Compétiteur 22 : 1

Compétiteur 23 : 4

Compétiteur 24 : 4 (Champion de France 2ème division, pour information)

Compétiteur 25 : 4

Compétiteur 26 : 4

Compétiteur 27 : 2

Compétiteur 28 : 1

Compétiteur 29 : 1

Compétiteur 30 : 1

Compétiteur 31 : 1

Compétiteur 32 : 0

Compétiteur 33 : 3

Compétiteur 34 : 2

Compétiteur 35 : 0

Compétiteur 36 : 2

 

Total des prises : 66 poissons à la TLC de 23 cm

 

Voilà maintenant l'analyse très simple :

Nombre de compétiteur ayant dépassé le quota actuel de 10 prises par jour : 0/35

Nombre de compétiteur ayant dépassé le quota virtuel de 5 prises par jour : 0/35

 

Nombre de compétiteur ayant atteint le quota de 10 prises par jour : 0/35

Nombre de compétiteur ayant atteint le quota virtuel de 5 truite par jour : 2/35

 

Nombre de poisson "sauvé" avec un quota restrictif expérimental de 5 poissons par jour et par pêcheur au lieu des 10 actuels : 0 poisson sur 66. Soit un "pourcentage de sauvetage" de ... 0%.

 

Un quota plus restrictif de 5 truites par jour par pêcheur au lieu de 10 ne change rien du tout dans notre cas de figure puisque aucun des pêcheurs n'est arrivé à dépasser ce quota. Nous sauvons donc temporairement 0% des poissons avec cette réduction de quota.

 

Ce "pourcentage de sauvetage" passe à 3% si le quota est de 4 truites par jour et par pêcheur (super !) puis à 15% s'il est de 3 (tu parles !), puis 30% s'il est de 2 (peu valable étant donné la pillule à faire avaler aux pêcheurs préleveurs), puis 58% s'il est de 1 (tient là ça devient intéressant !).

 

Bien sûr, tirer des conclusions à partir des prises de 35 pêcheurs sur une seule "journée" de pêche est assez casse gueule. Toutefois, nous remarquons très vite qu'un quota journalier de 5 truites par pêcheur au lieu de 10 est extrêmement contraignants dans l'esprit du pêcheur préleveur alors qu'il ne permet pas de remettre à l'eau plus de poisson. Notons cependant qu'un quota réellement restrictif serait de 1 poisson par jour et par pêcheur (pourcentage de sauvetage de 58%).

 

 

Cette année, certaines rivières pyrénéennes du Sud-Ouest ont subie de terribles crues. Il y a fort à parier que sur quelques secteurs, la densité de truite ait été divisée par deux voire plus. Sur d'autres parcours, il est possible qu'il n'y est plus un poisson ! Ainsi, par rapport aux caprices de l'hydrologie de nos cours d'eaux pyrénéens, le quota de prise journalier semble vraiment être une mesure halieutique fantôme. Par contre, les réflexions sur le sujet occupent et divisent pêcheurs sportifs et pêcheurs préleveurs pendant que les assecs, les prélèvements d'eau, les pollutions chimiques, les centrales hydroélectriques, les modifications d'habitats, le drainage des zones humides, les travaux et constructions en lit majeur gagnent chaque saison un peu plus de terrain...

 

 

Réflexion sur le quota de prise journalier

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commentaires

Jean-Marc 06/05/2015 18:04

Salut Nico. Brillante démonstration! J'en conclus que limiter à 5 prises par jour et par pêcheur ne réduira pas les paniers. Alors pourquoi ne pas le faire? Personne ne devrait s'y opposer.
La protection du milieu peut très bien être menée conjointement avec une gestion réfléchie.

nicolas65 09/06/2015 16:40

Je le dis en début d'article Jean-Marc, cette réflexion n'est valable que pour les rivières pyrénéennes.

Jean-Marc 07/06/2015 17:48

Viens sur la Bienne

nicolas65 15/05/2015 13:41

Puisque un quota de 5 au lieu de 10 prise n a pas ici d impact positif sur la protrection, pourquoi l imposer dans une gestion qui paraitrait des lors plus restritive pour les pecheurs qui prelevent (la majorite) ?

Pour repondre a ta question, en abaissant le quota de 10 a 5, non seulement tu ne sauves pas de facon durable plus de poisson, mais en plus, psychologiquement tu te mets la majorite des pecheurs a dos. Du coup tu perds a la fois sur le domaine de la protrection du milieu avec une mesure fantome, mais aussi sur le terrain de l halieutisme avec un mecontentement de tes adherants.

seb.martin 23/11/2013 18:24

Elle est pas bête ton analyse Nico. Il y a des facteurs beaucoup plus aggravant pour nos rivières, que le prélèvement. Comme quoi tu ne dis pas que des conneries...

Nicolas 05/12/2013 13:40

Culé !

Nicolas 19/09/2013 16:03

Je vois que nous sommes d'accord mon cher Cédric ! Le Gave de Pau en est le meilleur exemple.

Cédric 18/09/2013 15:10

Merci Nico pour cet article.
Augmentation de la TLC et baisse des quotas journaliers : un sujet bien délicat par ici.
A mon sens le combat le plus urgent pour préserver nos cheptels se porte plus sur ce que tu évoques en dernière partie de ton article : la gestion des rivières et ses multiples agressions. En plusieurs années nous avons vu des rivières se dégrader avec notamment des fonds colmatés par les sédiments, des variations de niveaux plus ou moins importantes, des travaux sur les lits des rivières....C'est le constat que je fais de ma petite expérience sur le gave de Pau. Un grand nombre de pêcheurs à la mouche pourront te confirmer que les éclosions d'insectes sont moins importantes qu'auparavant, les périodes où les poissons se nourrissant en surface se font de plus en plus rares et cela n'est pas dû à la pression de pêche car mis à part la période suivant l'ouverture les bords du gave ne sont pas surfréquentés...mis à part cette année en aval d'Argelès, mais là on sait pourquoi !
Baisser les quotas de prise et augmenter la TLC sur le Pau n'aurait pas à mon avis de réelle influence sur le cheptel de cette rivière, attaquons nous aux réelles difficultés que connaissent ces rivières.

Cédric 18/09/2013 15:12

Et puis le compétiteur 19 je sais que c'est XDR ^^

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  • Attiré depuis tout petit vers la surface de l'eau, je n'ai cessé de chercher à ce qu'il y avait en dessous. Cette pensée m'obsède toujours. Ainsi c'est au bord de l'eau que je me ressource, pour percer ce mystère.
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