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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 20:26

La truite est fermée. Les interview reprennent dans la rubrique "une rivière / un pêcheur". Aujourd'hui, c'est Frédéric Lacroix que je reçois sur ce blog. Je l'ai rencontré quand j'ai intégré le Club Mouche Pyrénéen en 2007. Il m'a fallu seulement quelques minutes pour savoir que je m'entendrais bien avec lui. Discret et sincère, Frédéric Lacroix est l'anti-thèse du fort en gueule. Il n'en dit pas beaucoup, très peu même. Mais il pêche le bougre. Et pas que des ragnolles. 

 

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    Frédéric Lacroix

 

Frédéric Lacroix est un ingénieux, un chercheur. Il recherche la perfection autant dans l'utilisation de son matériel que dans sa technique de pêche. Il est en constante évolution. Fred, c'est aussi une approche très particulière de la pêche à la mouche. Le genre de pêcheur a ne pas aller à la pêche car on est le 6ème jour du dernier quartier de lune, que le rossignol n'a pas chanté à 7h47, et que sa commission du matin flotte au lieu de couler !

 

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Enfin, Fredéric est secret. S'il parle ici du Saison de façon si généraliste, c'est qu'il n'aime pas dévoiler ses coins de pêche. Il les partage uniquement avec des gens de confiance. Et internet n'est pas une personne de confiance. Je respecte donc sa décision d'esquiver certaines de mes questions ... à toi la parole Fred.

 

Je m'appelle Frédéric Lacroix, j'ai 42 ans. Je suis Tourneur Fraiseur à Oloron. J'habite à Lurbe Saint Christau, très proche du Gave d'Aspe. La rivière que j'affectionne particulièrement se trouve au Pays Basque, pas très loin de chez moi à environ 20 minutes de route. Sur le Saison, les postes sont très variés. Toutes les pêches à la mouche peuvent y être pratiquées.

 

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Je pêche la partie qui se trouve entre Mauléon et les deux rivières qui forment le Saison (Le Saint Engrace et Le Larrau). Le Saison est peuplé de nombreuses truites de toutes tailles. Les surprises de prendre un beau poisson ne sont pas rares et  c'est sans doute pour cela que j'aime cette rivière.

 

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Les locaux y sont accueillants si vous les respectez. Juste une question de politesse et de courtoisie. L'AAPPMA qui s'occupe du secteur est formée de jeunes qui se bougent et le résultat est visible par la qualité de cette rivière.

 

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nicolas : Fred, comment as-tu attrapé le virus de la pêche ?

 

FL : C'est mon père qui m'a transmis ce virus. Il pêchait au toc. Il m'a amené au bord de l'eau dès l'âge de 3 ans.

 

nicolas : Depuis combien de temps pêches-tu à la mouche ?

 

FL :  La pêche a toujours été une passion dévorante et la pêche à la mouche est arrivée vers l'âge de 15 ans. J'ai été l'un des premiers stagiaires à l'école de pêche de Tolderer. Ce fut pour moi une réelle découverte. A l'époque j'habitais au Pays Basque et les Nives ainsi que Le Bastan à Bidarray étaient mes terrain de jeu favori. Dure école !!!

 

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nicolas : Tu habites dans les Pyrénées-Atlantiques, un magnifique département. Quelles sont tes rivières favorites pour pratiquer la pêche à la mouche ?

 

FL : C'est vrai que j'ai beaucoup de chance d'habiter les Pyrénées. Il y a beaucoup de rivière à pêcher. J'aime en changer souvent. Changer de profil et découvrir de nouveaux parcours. Toutes les rivières du département sont belles mais les périodes favorables sont différentes d'un cours d'eau à l'autre. Alors je m'adapte. J'aime aussi beaucoup aller en Espagne, toute proche. J'adore ce pays et les truites zébrées y sont magnifiques.

 

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nicolas : Décris-nous brièvement le matériel que tu utilises en rivière ?

 

FL : Pour les cannes, des Marryat Tactical première version 10p soie de 4 et soie de 5. Mes soies sont des Cortland DT3 et Devaux DT4. Les bas de lignes ? Vaste sujet ! J'ai longtemps pêcher avec des soies naturelles Loukas et un bas de ligne tressé "maison". C'était très bien. Mais j'ai du changer car ces soies naturelles ne se font plus. D'où les synthétiques DT et bas de ligne à noeuds. Après de nombreux essais, j'ai trouvé une formule assez polyvalente : des brins dégressifs en diamètre mais de longueurs égales. Surprenant mais cela me convient. Il est très polyvalent.

 

 

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nicolas : Si je te demande de ne retenir que trois mouches de tes boites. Lesquels prends-tu ?

 

 

FL : un sedge Zc13, une oreille de lièvre casquée et un petit poil de chevreuil.

 

 

 

nicolas : quel fut ton meilleur souvenir au bord de l'eau ?

 

FL : Il y en a beaucoup. Mais cette année un très beau poisson m'a comblé de joie. C'était une après-midi rêvée par tous les pêcheurs pyrénéens : un temps humide, des averses de crachins, tout pour déclencher de belles éclosions. J'arrive sur la rivière et il y a des gobages. C'est un bon début. Quelques prises viennent récompenser mes dérives en sèche. Puis soudain tout s'arrête. Je décide alors de passer en nymphe au fil. En 12/100ème. 

 

Je remonte un peu la rivière et je m'aperçois que les poissons sont actifs. Ils se nourrissent au fond. Les poissons se succèdent sans trop de difficulté. Je me trouve entre deux grosses fosses au bord d'un courant vraiment très puissant. Un rocher de petite taille attire mon attention mais impossible de traverser. Il y a derrière ce rocher un bel amorti dans 60 cm d'eau.

 

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Je lance ma nymphe sans plus m'approcher. La dérive commence et le fil s'arrête net. Je ferre et là, je sens un beau poisson mais sans plus. Il se débat, je le monte un peu en surface et là je vois une lueur rose. Je commence à râler en me disant que c'est une arc. Voilà que le poisson commence à dévaler la rivière. Je le suis, mais au milieu de la rivière, un gros bloc forme deux bras. Le poisson veut partir côté droit où je ne pourrais pas suivre. Je le bride pour le faire passer côté gauche et le revoilà reparti de plus belle avec des coups de têtes brutaux. Je résiste. La truite arrive dans une partie plus calme. Je n'ai pas mon épuisette (intervention de nicolas : GROS MALIN !). Je tire un peu sur le poisson et là j'aperçois sa tête avec de nombreux points noirs. Aucun doute, c'est bien une fario.

 

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Je n'ai qu'une solution : faire échouer ce poisson magnifique. Après plusieurs tentatives j'y arrive. Je vois ce poisson superbe mais je ne me rends pas encore compte de sa taille. Je prends la précaution de ne pas abîmer ce poisson. Je sors mon mètre et là j'hallucine. Le mètre se déroule sans s'arrêter. Je n'en reviens pas. Je recontrôle. Pas d'erreur. La truite fait bien 69 cm. Je suis tout tremblant après ce moment. Je remet la truite dans son élément et elle ne tarde pas à repartir avec vigueur. Je regarde cette fario s'en aller en me disant qu'elle sera sûrement la plus grosse truite de ma vie en rivière. Un énorme souvenir. J'étais comme un gosse après cette prise, j'ai téléphoné à Julien.

 

Nicolas : Julien ? Daguillanes ? Le pêcheur de sardine ?

 

FL : Oui ! Je lui ai téléphoné de suite pour lui annoncer la nouvelle. Il fallait que je partage ce moment avec lui qui pouvait comprendre ma joie. Je ne pouvais plus pêcher après çà. Une belle émotion.

 

 

nicolas : Oui vraiment, c'est un poisson splendide. Qui doit d'ailleurs rattraper les journées de poisse que tu as eu cette saison ! Raconte nous ta pire journée au bord de l'eau cette année !

 

FL : Oui c'est sûr, j'en ai eu pas mal cette année. La pire ? Casser deux cannes en une heure de pêche ! Un record. C'était l'ouverture en Espagne et j'avais très envie de pêcher ... la sortie s'est vite abrégée !

 

nicolas : Quel est le poisson qui t'a donné le plus beau coup de ligne ?

 

FL : Un beau poisson en Espagne, pris en nymphe à vue en 8/100. Un truc de fou !!!!

J'avais repéré ce poisson la semaine avant mais je ne pouvais pas le pêcher car je n'étais pas sur la bonne bordure. Une semaine après me revoilà sur le coup. Long bas de ligne, pointe en 8/100, une nymphe sur hameçon de 20 et je suis prêt. Mon compagnon de pêche est avec moi. Après 5 minutes de prospection, je vois la truite qui remonte. Une belle zébrée de plus de 50. Magnifique. Il est temps pour moi d'être adroit. Je lance vers sa trajectoire, elle arrive vers ma nymphe timidement et ouvre la bouche pour s'en saisir. Je lui vois le blanc de la gueule. Elle referme : je FERRE gentiment. Elle part direct dans la bordure pleine de branche et le saute à l'eau pour la contrôler. Je la bride, elle se décale et fonce dans le courant. Je la suis, elle commence à fatiguer et moi aussi. Je détache l'épuisette ... elle est dedans ! Un bon moment !!!!

 

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nicolas : Frédéric, tu as fait de la pêche de compétition. Qu'est-ce qui t'a poussé à commencer un jour la compète ?

 

  FL : Lorsque j'habitais au Pays Basque, j'ai assisté au Championnat de France sur la Nive en 1988 ou 1989. J'étais émerveillé par ce spectacle. C'est à ce moment que j'ai rencontré Maurice Guiard, du Club mouche des Capitouls à Toulouse. Il m'a expliqué la démarche à suivre pour faire des compétitions. Il me restait beaucoup à apprendre.

 

En 1993, deuxième championnat sur les Nives. Et là, autre découverte : la pêche à la nymphe au fil. Enfin, plutôt la pêche au GROS bouchon. J'étais surpris par cette technique nouvelle, peu élégante pour moi qui m'appliquais à pêcher en sèche. J'étais perplexe.

 

Ma première compète fut sur la Vézère à Bugeat (19)... dans une eau marron. Le vainqueur de cette épreuve fut Patrice Daguillanes.

 

nicolas : Patrice ? Daguillanes ? L'autre pêcheur de sardine ?

 

FL : Oui !

C'est à partir de ce moment que j'ai côtoyé la famille Daguillanes. Une bien belle rencontre et une belle amitié. Des pêcheurs chevronnés et passionnés. Leur talent n'a d'égal que leur gentillesse. Énorme. Ils m'ont beaucoup appris. Merci à eux.

 

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nicolas : Tu étais parmi les meilleurs compétiteurs rivière.Tu as même me semble-t-il participer aux sélections de l'équipe de France avant qu'une vilaine blessure persistante de ne t'empêche de poursuivre. Après quelques années d'arrêt, n'as-tu pas envie de t'y remettre ?

 

FL : Ce fut un énorme regret que d'avoir du arrêter comme çà. J'ai très envie de revenir mais pour cela il faut que je sois sûr que ma santé me le permette. Je fais tout pour cela. Grâce à mes amis, je suis toujours les compètes et j'essaie de me tenir au courant des dernières techniques qui donnent de bons résultats.

 

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nicolas : Qu'elles sont d'après toi les qualités indispensables pour être un bon compétiteur ?

 

FL : Une bonne condition physique et un gros mental. Ne rien négliger en ce qui concerne le matériel pour éviter de perdre du temps. Et puis pêcher le plus possible pour s'entraîner et essayer de nouvelles choses. La pêche de compétition est un sport comme tous les sports, où les techniques évoluent. Il faut suivre l'évolution.

 

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nicolas : Qu'elles sont les erreurs à éviter ?

 

FL : Une mauvaise préparation. Il est par exemple important d'analyser son parcours, même en perdant 10 minutes, c'est pas grave. Gérer son temps en compétition est très important. Il est frustrant après trois heures de pêche de ne pas finir son parcours alors que la plupart des jolis coups étaient sur le haut.

 

nicolas : Raconte nous ta plus belle manche lors d'un Championnat de France de pêche à la mouche.

 

FL : Il me reste beaucoup de très bon souvenirs. Une manche sur le Verdon notamment où avec un niveau d'eau à l'étiage, le dimanche après-midi par 35 °C je prends un poisson à 20 minutes de la fin qui m'assure une belle place au classement final. Une autre fois dans les Vosges, le vendredi soir, je vois que je tourne avec un bon, Bertrand Jacquemin. Quel bonheur !!! Un Vosgien chez lui, il va me mettre la misère. Et bien non, le dimanche soir, j'étais sur le podium et devant Bertrand, mdr ! Un week-end parfait pour moi et un seul poisson décroché au total sur l'ensemble des manches.

 

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Un podium d'une manche de championnat de France de pêche à la mouche. De gauche à droite : Eric Lelouvier, Jean-Guillaume Mathieu, Frédéric Lacroix

 

 

nicolas : Parlons maintenant un peu d'environnement. Nos rivières sont fragiles, tu le sais bien. Beaucoup d'entres elles souffrent de divers maux. Si seulement deux de tes voeux pouvaient être exaucés, lesquels seraient-ils ?

 

FL : Le manque d'eau de ces dernières années nous font apparaître des pollutions chroniques. Présence d'algues brunes, fonds de rivières colmatés, disparition de certaines espèces d'invertébrés. Tous ces signes doivent nous alerter. Si l'habitat de nos cher salmonidés ne leurs convient plus, il n'y aura pas d'avenir.

 

Je m'étonne souvent de voir des habitations qui se multiplient un peu partout. Une augmentation de population et malgré cela la capacité des stations d'épuration n'augmente pas. Nous tous devons travailler sur l'amélioration du milieu naturel.


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Personnellement, je pense que nos actions doivent devenir plus virulentes. Je m'explique : si lors d'une partie de pêche, nous constatons un rejet dans notre rivière qui peut paraître suspect, il faut contacter immédiatement le CSP (désormais ONEMA), pour que ces personnes fassent un constat et surtout une analyse. Si au bout de quelques mois rien ne bouge, alors il faut passer à l'acte : raccorder ce rejet à tuyau qui se déverserait directement sur la place du village !!!! Alerter la presse locale et informer la population des risques de pollution de la rivière. Les sensibiliser sur ce que peut coûter le traitement de l'eau, leur dire que plus l'eau sera polluée, plus les traitements seront importants, plus le prix de l'eau sera cher. A partir du moment où l'on parle de payer plus cher quelque chose, l'opinion publique est de suite plus réceptif. Ainsi, nous ne serons plus des dizaines à râler. Bon, c'est un peu radical, mais plus c'est gros, plus ça marche. Pour avoir lutter pendant des années et maintenant encore contre un projet routier débile dans ma vallée, plus on fait du bruit, plus ça marche. Les médias sont un outil indispensables. A méditer !!!

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commentaires

www.poweredmanagement.com 23/07/2014 13:58

This is the first time I am reading about Frederic Lacroix. I am happy that you had a great time with him, such a legendary researcher. It was interesting to know the different fishing techniques that he uses. I think there is a lot to learn from him about fishing. Good job.

ribiere 27/04/2013 17:10


Bonjour, je navigue sur le site et vois des choses très pationnantes. J'aimerais savoir si quelqu'un pouvait me conseiller, nous sommes du 85 et je pars avec mon père de 71 ans pour 7
jours dans le 64. Nous dormirons a Hossegor. J'aimerais avoir svp quelques conseils sur les endroits ou nous pourrons pêcher sèche et nymph pour ma part. Connaitre les mouches du début mai et un
androit ou acheter quelques mouches (tout mon materiel est resté en NZ, je ne peux donc en fabriquer...) Dans l'attente de lir quelqu'un le plus tot possible, amicalement Francois.

nicolas65 27/04/2013 20:34



Je pense que d'autres que moi pourrons certainement mieux te renseigner sur les Nives et Nivelle que tu trouveras du côté du Pays Basque. çà commence à faire un ptit
peu loin de chez moi et j'ai tellement de rivières à pêcher ici !



ben 11/12/2012 18:57


félicitations, tu es désormais dans les fichiers des R -- G comme terre o histe potence iel.


 

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  • Attiré depuis tout petit vers la surface de l'eau, je n'ai cessé de chercher à ce qu'il y avait en dessous. Cette pensée m'obsède toujours. Ainsi c'est au bord de l'eau que je me ressource, pour percer ce mystère.
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