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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 12:15


Je m'insurge aujourd'hui sur le degré d'hypocrisie dont fait part EDF lors de ses campagnes publicitaires.

   De belles brochures en couleurs, de superbes spots publicitaires qui présentent des images somptueuses d'harmonie entre de solides infrastructures et la nature. EDF est entré en bourse et ça se voit. Surfant sur la vague de l'écologie et du développement durable, EDF se présente comme (je cite) "un partenaire attentif à l'environnement" et nous définit l'hydro-électricité comme "une énergie propre et renouvelable".

   Pourtant la réglementation reflète bien la contradiction qu'il existe entre le développement de l'hydro-électricité et la protection des milieux aquatiques (Loi sur la protection de la nature, Loi pêche, Loi sur l'Eau et les Milieux Aquatiques). Ces textes tentent de limiter l'impact des infrastructures hydro-électriques par la mise en place :
- d'étude d'impact,
- de seuil minimal de débit réservé,
- d'autorisation pour les vidanges de retenues,
- d'étude d'incidence.
De plus, la Loi sur la chaleur et les économies d'énergie du 15 juillet 1980 institue le principe des rivières réservées sur lesquels aucune autorisation ou concession ne sera donnée pour les usines hydro-électriques nouvelles (10% environ du linéaire des rivières françaises). Si l'hydro-électricité était réellement une "énergie propre", le législateur ne s'évertuerait pas à tant de réglementation.

   Malheureusement, dans notre région, les zones propices à l'hydro-électricité sont les zones de montagnes là où naissent et commencent à grandir les rivières. Ces têtes de bassin versant qui devraient être protégés au moins des perturbations mécaniques sont finalement le berceau de l'hydro-électricité et le témoin des impacts écoeurants de cette "énergie propre".
  
Comment une énergie "propre" peut tant dégrader la qualité biologique des cours d'eau. Les débits réservés rendent la rivière pitoyable à voir. Un petit fil d'eau sur un lit devenu démesuré. Rien que le terme employé pour ces secteurs donne envie de vomir : "les tronçons court-circuités".

Réglementairement, le débit réservé ne peut pas être inférieur à 1/40ème du débit moyen interannuel (pour les installations existantes) et 1/10ème pour les installations nouvelles. Imaginez donc ce qui pourrait se passer en période d'étiage où le débit du cours d'eau peut être de 1/10 ème du débit moyen interannuel... 




De plus, les retenues hydro-électriques aussi petites soient-elles perturbent considérablement le transit sédimentaire au sein du réseau hydrographique. Les matériaux arrachés à la roche mère se déposent en amont des barrages et comblent au fur et à mesure les retenues et prises d'eau. La solution employée par les concessionnaires est donc de vidanger ces retenues et évacuer les sédiments en aval (principe des vidanges de barrage ou des chasses). Ici sur  cette prise d'eau, EDF a légalement (autorisation préfectorale) la possibilité de réaliser 10 chasses annuelles. Mais au lieu de le faire une fois par mois environ afin de limiter la concentration de matière déversée en aval, EDF attend l'automne. La période où les feuilles tombent des arbres. Après toute une année de sédimentation au sein de la prise d'eau, EDF évacue en quelques semaines toute la matière en aval.



Sédimentation au niveau de la retenue sur une année et évacuation des matières à la rivière en aval.

    Les photos ci-dessous présente la rivière en aval de la retenue à deux instants différents : en période de débit réservé et en période de chasse.
 

  Alors ? Une énergie propre ? La conséquence d'une telle artificialisation du régime hydrique de la rivière conduise à de nombreux impacts néfastes à la qualité biologique et physique du cours d'eau. D'un côté, les débits réservés sont à l'origine d'une réduction impressionnante de l'habitat des truites, d'un appauvrissement de la macro faune benthique, d'une limitation du pouvoir auto-épuratoire de la rivière. Bref les débits réservés sont à l'origine ... d'un manque cruel d'eau. Voilà l'un des plus grand mal que peut connaître la rivière : le manque d'eau. De l'autre, le relargage des sédiments augmente parfois de façon mortel pour les truites le taux de matière en suspension dans l'eau et surtout colmate de façon très importante les habitats et le fond du cours d'eau. Quand on sait que les 3 facteurs déterminants pour la survie d'une espèce sont la nourriture, la reproduction et l'habitat, on ne donne pas cher des espèces présentent sur ces secteurs.

 
Après les vidanges ou les chasses des retenues et prise d'eau, le colmatage est effrayant.
 


    Loin de moi l'idée de dire que je n'ai pas besoin d'électricité. Elle est essentiel pour la majorité d'entre nous. Non, ce que j'ai du mal à supporter c'est cette hypocrisie de dire que l'hydro-électricité est une énergie propre et qu'il faut construire de nouvelles centrales hydro-électriques. Mais EDF n'est pas le seul visé. Par le Grenelle de l'Environnement, le plan Borloo a notamment pour objectif de relancer cette source d'énergie. Et le pire, c'est qu'il est prévu une mise en concurrence des concessions hydro-électriques françaises détenuent actuellement par EDF pour 80% environ et le Groupe Suez pour 12% (CNR + SHEM). L'Etat choisira la meilleure offre  selon des paramètres énergétiques, économiques et environnementaux. Bien me dirait vous ? Pas sûr. D'une part car je pense sincèrement qu'EDF n'est pas la pire des entreprises question environnement et d'autre part parceque le paramètre environnemental est principalement axé sur la suppression de certains obstacles à la libre circulation des poissons (tiens ça j'en avait pas encore parlé !). Si vous suivez bien mon raisonnement, cela voudrait dire que je vais payer mon électricité à X qui aura obtenu la concession hydro-électrique car il aura prévu sur l'ouvrage de construire une magnifique passe à poisson qui sera financée par ... moi-même à travers les subventions qu'il aura touché de l'Agence de l'Eau pour ce type de travaux (je vous rappelle que sur votre facture d'eau, vous payez une taxe reversée à l'Agence de l'Eau). 

   Je suis ainsi inquiet de la braderie des concessions hydroélectriques et inquiet de l'utilisation des ouvrages des futurs concessionnaires. La réflexion est simple : la matière première (eau) est gratuite, l'investissement de départ est déjà réalisé (ouvrages), imaginez donc les dividendes pour les actionnaires des nouveaux concessionnaires. Pire, nous commençons à voir dans nos vallées pyrénéennes de nouvelles micro-centrales là où le milieu avait été jusque là respecté et préservé...
 
                         Future mirco-centrale hydroélectrique et future rivière à débit réservé ! (Adour de Lesponne).
   
 

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commentaires

Pons 03/07/2016 16:22

Un très bon article dont les méfaits dénoncés viennent une fois de plus de se concrétiser. J'ai pris la liberté de partager suite au lancement de notre pétition contre les micro centrales
https://www.change.org/p/micro-centrales-barrages-stop-%C3%A7a-suffit?recruiter=474966410&utm_source=petitions_show_components_action_panel_wrapper&utm_medium=copylink

ben 25/06/2010 15:02



J'adore la mentalité "beurre et argent du beurre" du pecheur ! comme si aucun ne pechait dans les barrages !



nicolas65 28/06/2010 11:20



Le problème c'est quand on nous oblige à manger "du beurre".


Si le beurre est la production d'énergie renouvelable par hydroélectricité et que l'argent du beurre est la non dégradation des milieux aquatiques, oui tu as
raison. C'est totalement incompatible et c'est ce que je dénonce dans cet article ; nous faire croire que l'hydroélectricité est une énergie renouvelable modulable (jusque là c'est
vrai) propre (là c'est faux).


Ce que j'aimerais, c'est que :


- l'existant soit amélioré afin qu'avec moins de quantité d'eau prélevée, la production soit plus importante (mais ça va coûter des sous).


- les cours d'eaux ne disposant d'aucun ouvrage hydroélectrique, d'aucune prise d'eau, bref vierge d'impact hydroélectrique soient conservés en l'état, ce que ne
prévoit pas totalement la réglementation.



nicolas65 13/01/2010 13:14


Et ça continu : un projet de micro centrale sur le Gave d'Aspe :
http://blog.mouche-fr.com/nicolas39/index.php?post/2010/01/07/Projet-de-microcentrale-sur-le-Gave-D-aspe&pub=1

Ce projet est soumis à enquête publique, alors puisqu'on nous demande notre avis n'hésiter pas à écrire au Comissaire Enquêteur - Mairie de Lescun - 64490 LESCUN.


ben 18/12/2009 19:40


Bien d'accord avec ce sujet et les commentaires précédents. Sachez aussi que l'ADEME (L’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) cherche à développer cette énergie renouvelable.
Ici, malgré le peu d'eau les propriétaires de moulins installent bien souvent des microturbines, tout ça pour faire tourner la machine à laver ou allumer 3 ampoules !!

Bref, à quand un FLNV (Front de libération nationale des rivières !!), le TNT c'est pourtant pas compliqué !!


nicolas65 21/12/2009 11:42


Puis les eaux de la machine à laver se déversent ensuite dans la rivière . Mais bon
comme disent certains : "bah, elle doit être propre l'eau qui sort de la machine à laver, avec toute la lessive que j'y met"


Hervé 02/12/2009 10:22


Merci pour cet article trés intéressant. Dans les PA beaucoup de cours d'eau sont consernés, même en pleine avec l'irrigation du maïs et le fameux : " Soutien d'étiage" !


nicolas65 02/12/2009 10:49



Deux autres photos incroyables sur le blog de Fabien : http://carna-passion.over-blog.com/article-hydro-electricite-un-article-a-voir--40423275.html

Des solutions existent pourtant pour les petites retenues comme le curage mécanique des sédiments. Mais qu'est-ce qui est plus simple ? Faire intervenir des pelles ou ouvrir les vannes
?



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  • Attiré depuis tout petit vers la surface de l'eau, je n'ai cessé de chercher à ce qu'il y avait en dessous. Cette pensée m'obsède toujours. Ainsi c'est au bord de l'eau que je me ressource, pour percer ce mystère.
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