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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 18:18

          Voilà bien longtemps que je n’avais pas fait d’interview. La série « une rivière, un pêcheur » revient en force ce mois ci. Pourquoi interviewer Frédéric SERRE, quelqu’un que je ne connais pas ? L’homme, le pêcheur, l’innovateur, le monteur, le biologiste, l’engagé, le réalisateur m’attire. Voilà pourquoi cette interview est riche, Frédéric est tout cela à la fois.

 Fred-Serre 1310 Frédéric Serre

 

          Je le rencontre pour la première fois indirectement à travers un site internet qui vient de voir le jour : Gobages.com. Puis grâce à un film qu’il vient de réaliser : « Pêche à la Mouche sur la Dordogne » où je découvre un pêcheur amoureux de sa rivière, un excellent réalisateur et un homme impliqué pour dénoncer les méfaits de l’hydroélectricité. Ce film me fera à la fois rêver et pleurer.    

   

          Depuis longtemps, je suis parti dans les Pyrénées. Quel ne fut pas ma surprise de voir un jour sur la Neste Frédéric qui tente en sèche les truites sur ce lisse surpêché. Je l’observe. Cette fois, je découvre l’excellent pêcheur… Puis le grand malade : le type qui se tape 3 heures de route, pour voir si la truite ancestrale d’un petit ruisseau de montage des Hautes-Pyrénées n’a pas disparue !

   ancestralenesteSouche ancestrale d’un ruisseau du bassin de la Neste

           

          Bon. Déjà que l’interview est longue, alors si en plus j’en rajoute, on n’est pas couché ! Aller Fredéric, c’est à toi. La coutume sur ce blog, c’est que tu te présentes puis que tu nous fasses découvrir la rivière de ton choix. Après, on passera à l’interview.

 

 

          Je m’appelle Frédéric SERRE, j’ai 43 ans. Je suis marié et j’ai deux filles. J’habite à l’est de la Dordogne. J’enseigne dans un lycée en Corrèze. Coté loisir, je fais un peu de photo, d’Internet, quelques films, je joue encore au foot loisir avec quelques copains, j’adore chercher les champignons notamment les truffes dans mes truffières et je vais parfois à la pêche .

 

Je vais parler de la rivière sur laquelle j’ai commencé à pêcher à l’âge de trois ans : la Dordogne.

 

          C’est un cours d’eau atypique que je fréquente en aval des grands barrages, d’Argentat à Cénac, soit un linéaire de plus d’une centaine de kilomètres. Bien que classée en deuxième catégorie piscicole, elle abrite de nombreux salmonidés.

 

automne

La Dordogne à Argentat

 

          Entre Argentat et Beaulieu, dans son parcours corrézien, son lit est assez encaissé dans une vallée étroite et vallonnée. C’est le royaume des ombres communs et des truites sauvages. C’est une zone où la rivière qui fait entre 50 et 100 m de large a un profil varié, alternant les radiers peu profonds avec des fosses et des secteurs rocheux. C’est la zone où la perturbation thermique induite par les barrages influence le peuplement piscicole au profit des salmonidés. C’est aussi malheureusement la partie la plus impactée par les éclusées. J’y pêche surtout durant la période d’ouverture de l’ombre de mi-mai à mi-novembre. C’est la zone par excellence où on pêche en sèche car la diversité des insectes et les éclosions assez nombreuses permettent la présence assez régulière de gobages en surface. Le cadre est vraiment superbe, la vallée sauvage. C’est la Dordogne des magazines de pêche qui fait rêver une bonne partie des moucheurs français s’ils n’ont pas été dégoûtés par les coups de barrages… Malheureusement, compte tenu des éclusées nombreuses et imprévisibles, difficile d’y programmer un séjour de pêche.

   dordete Coup du soir d’été sur la Dordogne

 

          Sous cette zone très médiatisée existe une autre Dordogne, la Dordogne lotoise que je pêche assidûment de l’ouverture de la truite mi-mars à l’ouverture de l’ombre mi-mai, puis durant l’hiver après la mi-novembre. La rivière comme la vallée s’élargit. Son lit fait de bancs de graviers mobiles devient de plus en plus large et va souvent lécher de somptueuses falaises en calcaire. Le secteur concerné est très vaste. Il fait plusieurs dizaines de kilomètres. Les salmonidés sont moins nombreux, la pression de pêche est démentielle et les bons coups sont très localisés. En revanche, on y rencontre quelques très beaux spécimens car les truites de ces rivières larges peuvent atteindre de grandes tailles. Malheureusement, la pratique de la graciation n’est pas développée dans le secteur si bien que ces poissons sont rares et méfiants. Tout cela contribue à rendre la pêche difficile, mais c’est là que réside la beauté du geste : localiser sur des hectares de gravière la petite zone où se concentrent les poissons. Fort heureusement, d’une année sur l’autre, les bons postes sont souvent les mêmes.

 

dordseche

Une truite monstrueuse de la Dordogne prise en sèche par Frédéric, un coup de ligne exceptionnel !

 

          Puis il y a la Dordogne encore plus à l’aval, dans le département de la Dordogne. Même si on la pratique pour le blanc ou les carnassiers, on commence juste à s’y intéresser coté truites. Les premiers repérages sont très prometteurs. Mais il nous faudra encore beaucoup, beaucoup de sorties et de temps pour en connaître toutes les subtilités.

 

         Quel que soit le niveau auquel on la pêche, le maître mot sur cette rivière est opportunisme. Les conditions de niveau, de temps, d’activité du poisson peuvent varier très rapidement. Les périodes d’intense activité peuvent être très brèves (quelques heures) au milieu de longues périodes sans possibilité de pêche (plusieurs semaines). Une bonne connaissance des postes, des conditions favorables et une proximité avec la rivière sont alors les facteurs indispensables pour réussir des parties de pêche. Mais lorsque la rivière se livre, c’est extraordinaire. Peu de rivière en France peuvent fournir une pêche de cette qualité en terme de densité de poissons gobeurs, de taille des poissons, de diversité de faciès ou d’espèces. Etendre de la soie au devant de bancs entiers d’ombres est chose rare de nos jours en France surtout dans un tel cadre. Pouvoir dans la même journée pêcher l’ombre, la truite, le brochet, la perche ou le barbeau est tout simplement exceptionnel.

  dordhiver

 La Dordogne lotoise juste après l’ouverture de la truite.

           

  

LA PECHE

 

Nico :  Frédéric, comment as-tu attrapé le virus de la pêche ?

 

FS : J’ai attrapé ce virus tout petit, dans mon lit, en pleine nuit lorsque j’entendais mon père et mon grand-père se lever à 4 heures du matin pour aller pêcher la Dordogne. Je devais avoir 2 ou 3 ans mais cela était très frustrant pour moi de ne pouvoir les accompagner. J’étais mis à l’écart et cela ne me plaisait pas du tout même si à midi, nous les rejoignions pour pique-niquer au bord de l’eau et si ma mère me laissait pêcher mais sans hameçon… Puis, il y a eu tous ces étés passés les pieds dans l’eau de la Vézère à pêcher avec mon oncle et mes cousins, la période carpe, suivie de la période carnassiers et enfin la découverte de la mouche. A partir de ce moment là, je n’ai plus pêché qu’à la mouche. Mais le sens de l’eau acquis auparavant m’a été d’une grande utilité.

  juillet8781La Dordogne, un rêve de gosse pour Fred

 

Nico :  Que représente pour toi la pêche mouche ?

 

FS : C’est définitivement un art de vivre. Un fil rouge qui me guide dans ma vie aussi bien lors de mes moments de rêveries, que dans le choix de mes destinations de vacances. C’est une façon agréable d’aborder tout un tas de domaines aussi variés que la photo, la vidéo, Internet, les voyages à l’étranger, les relations sociales. Il ne se passe pas une seule journée sans que je pense « pêche à la mouche », que je vérifie les niveaux de la Dordogne, imagine des montages de mouche, achète un truc inutile au cas où…

 

montageLa pêche à la mouche : un art de vivre

 

 

Nico :  Qu’elles sont tes rivières favorites pour la palm ?

 

FS : Je suis un pêcheur assez éclectique. J’aime aussi bien pêcher les ruisseaux de montagne que les grandes rivières très larges. Pêcher en lac ou même en mer ne me rebute pas. Du moment qu’il y a de l’eau et des poissons, je suis heureux. Outre la Dordogne qui m’accueille le plus souvent, j’adore pêcher les rivières des Pyrénées. J’ai fait mes armes à la mouche dans le bassin des Nestes et j’aime bien y retourner. J’ai eu la chance lors de mes voyages de pêcher des rivières fabuleuses. J’ai été très impressionné par la Bow en Alberta qui ressemble à un gros gave ou la Madison au Montana. La Socca en Slovénie est aussi d’une beauté inimaginable. Mais je me sens bien les pieds dans la Dordogne et dans les torrents des Pyrénées.

 

  slovenie

Un pêcheur nomade. Ici sur un affluent de la Socca en Slovénie.

 

Nico :  Au bord de l’eau, quel a été pour toi le moment le plus magique de ta vie de pêcheur ?

 

FS : Paradoxalement, cela n’a pas été avec canne en main. Ce moment magique reposait juste sur un bout de papier sans aucune valeur que j’avais en main : le ticket donnant accès au parcours nokill d’Argentat portant le numéro 001. L’aboutissement de beaucoup d’efforts, le passage en quelque sorte de la théorie à la pratique. Ce parcours nokill sur la Dordogne j’en avais tellement rêvé que le jour où il a été enfin créé, ça a été un vrai moment de bonheur. J’ai rempli mon ticket, je l’ai mis dans la boite prévue à cet effet et je suis rentré dans l’eau ; heureux.

 beaulieu5

Le no-kill, une notion chère à Fred.

 

Nico :  Quel poisson t’as donné le plus de plaisir et à quelle occasion ?

 

FS : Le poisson qui m’a donné le plus de plaisir est un poisson que je n’ai au final jamais attrapé. Mais celui là, il m’a rendu un fier service. C’était au milieu des années 90 avec mon copain Richard. Fin mai début juin depuis quelques années nous avions pris l’habitude de pêcher les grands courants entre Monceau et Argentat en fin d’après-midi. Vers 17 heures, les sulphures sortaient mettant les ombres en émoi. Et durant des heures, un tapis roulant de mouches défilait provoquant des ronds sans que nous ne puissions faire monter un seul poisson. On en aurait pleuré. Pendant plusieurs années, nous avons tout essayé en vain pour trouver une imitation qui ferait juste lever un ombre. Avec le recul, lorsque je repense aux imitations qu’on était allé imaginer…cela me fait sourire.

 

grombreverticPuis un jour, en passant sur le Pont de Monceau, à l’angle de la deuxième pile rive de chez Maryse, un poisson montait de temps en temps. Je ne sais pas pourquoi, j’ai pris la peine d’aller le tenter, Richard restant sur le pont. Par le plus grand des hasards, j’ai positionné sur mon bas de ligne un proto perdu au milieu de dizaines d’autres et cet ombre est venu le prendre. J’étais tellement surpris que je n’ai même pas ferré. Richard faisait des bonds partout sur le pont. Il me priait de remonter au plus vite pour voir la mouche. Au risque de la perdre, j’ai continué à provoquer l’ombre et celui-ci est remonté 5 fois de suite sur l’imitation. Ce n’était donc pas le hasard, la mouche imitait bien une sulphure émergente. Je ne l’ai pas piqué mais ce poisson m’a rendu vraiment heureux car il venait de nous délivrer de la malédiction de la sulphure.

 

  L'ombre, une spécialité de Fred (ici un 50+)

 

 

Il nous a fallu encore quelques années pour fignoler deux ou trois modèles efficaces mais nous abordons désormais la période des « poussins » sans la moindre crainte.

 

Nico :  Aïe. A raison d’une sortie par an sur la Belle, il me faudra donc 20 ans pour trouver l’imitation de sulfure qui convienne !  Sinon, depuis quelques temps, tu consacres bon nombre de tes sorties à la pêche des truites au streamer en rivière, pourquoi ce changement de cap ?

 

FS : Ce n’est pas un réel changement de cap. Depuis mes débuts je tâtonne au streamer car comme je ne pêche qu’à la mouche, j’essaie d’être le plus polyvalent possible. Dans la même journée de pêche, il m’arrive souvent de pêcher tour à tour en sèche, en nymphe, en noyée et au streamer. Cette dernière technique est vraiment un beau challenge pour moi. Depuis plus de 20 ans que je pêche, j’ai quelques bases pour la pêche en sèche et s’il y a des ronds, j’ai suffisamment d’expérience pour m’amuser.

Au streamer, c’est loin d’être le cas. Je prends des râteaux monumentaux et du coup, en 2010, j’ai mis l’accent sur cette technique. En plus de permettre la prise de gros poissons qui ont un régime alimentaire piscivore, cela me permet de mettre au point des mouches, ce que j’adore. Et contrairement à la pêche en sèche où on sait vite si la mouche plaît, en noyée où on a des tirées, en nymphe où on peut voir les réactions du poisson ou les tractions sur le bas de ligne, au streamer on est aveugle. Impossible de savoir si le poste est vide ou si la mouche n’a pas intéressé le poisson présent. On n’a pas eu de touche : c’est le seul indice. Les poissons sauvages sont tellement sollicités par les leurres, les vifs, les poissons maniés qu’ils sont rendus très méfiants vis à vis des streamers. Et c’est un vrai défi que de les faire mordre. Car nos streamers, même s’ils ont des atouts, sont de bien piètres imitations de la réalité comparés aux leurres modernes à densité compensée, à bruiteur incorporé ou à bavette qui fait dandiner.  Tout comme la récupération au bras est loin d’avoir la performance d’une récupération au moulinet. A la mouche, on est handicapé mais il est passionnant de combler ce handicap pour dépasser les performances des autres techniques.  fred

Fario de la Dordogne de 66 cm prise au streamer, un coup de maître !

 

En plus de la quête de la technique de dérive ou d’animation, il y a la quête de LA mouche qui déclenche les prises qui est particulièrement excitante. Cela devrait m’occuper durant les prochaines années. J’ai déjà mis au point quelques streamers qui ont été validés pour certaines conditions. Mais il me reste tellement de situations de pêche où je suis en échec que j’ai encore de quoi courir après le Graal.

 

Nico :  Tu es l’un des rares moucheurs à pratiquer régulièrement en bateau en rivière, quels sont les avantages et les inconvénients de cette prospection ?

 

FS : Pour le moment, après quelques saisons à pratiquer ainsi, le bilan est très mitigé et il penche même du coté inconvénients. Le point positif est l’accès à certains postes de pêche inaccessibles autrement. Ce n’est pas pour cela que les poissons sont faciles à attraper mais au moins, on peut les tenter. En revanche, coté négatif, il y a la lourde logistique à mettre en place. Il faut deux bonnes heures le matin pour charger le pontoon, l’amener sur les lieux de pêche, positionner les véhicules pour le retour. Le soir, il faut presque autant de temps pour ranger le matériel.

  pontoon

Pêche à la mouche en pontoon, une innovante prospection.

 

Sur l’eau, sur les postes à truites ou à ombres, il est très difficile de faire du sur place ou de s’ancrer dans les forts courants. Même avec des ancres lourdes, ce n’est pas jouable. Elles glissent sur le fond et le bateau dérive. Il est très dangereux de laisser l’ancre traîner au fond. Si elle se bloque, le bateau peut chavirer. Si bien qu’on pêche les meilleurs postes en passant vite. Un mauvais positionnement, un nœud dans la soie, un lancer mal ajusté et on vient de rater le meilleur poste sur un kilomètre. Il n’y a plus qu’à ramer pour aller au suivant. Donc, l’efficacité est très relative. Et on prend bien souvent plus de poissons en wadding lorsque les niveaux sont bons qu’en bateau lorsque la Dordogne est un peu haute. Donc, si le bateau permet de découvrir la rivière sous un autre angle, c’est loin d’être l’arme fatale coté pêche.

   

Nico :  Tu dois partir sur une île déserte où coulent de nombreuses rivières à truite, tu ne dois emporter avec ton fouet que 3 mouches, lesquelles prends-tu ?

 

FS : Sans hésiter, je prends un palmer noir, une pheasant tail et un wooly bugger. Des mouches d’ensemble qui ont pris beaucoup de poissons, qui imitent tout et rien et qui permettent de couvrir de très nombreuses situations de pêche.

   mouches

Un palmer noir, une pheasant tail et un wooly bugger (sur des truffes !), des valeurs sûres pour Frédéric.

 

 

GESTION DU MILIEU / GESTION HALIEUTIQUE

 

Nico :  Tu es Délégué Régional de l’ANPER (Association Nationale pour la Protection des Eaux et Rivières)-TOS (Truites Ombres Saumons), mais aussi initiateur du Collectif « Après Tuilières » et tu as  des responsabilités dans une aappma. Pourquoi un tel investissement personnel ?

 

FS : Au début, mon engagement c’est fait surtout au sein de l’association ANPER-TOS qui a plus de libertés pour dénoncer certaines atteintes à l’environnement qu’une fédération de pêche ou une AAPPMA. Puis petit à petit, je me suis engagé au sein des structures associatives de la pêche pour faire changer les choses de l’intérieur. J’ai essayé d’enrichir ces structures avec ma vision de la pêche. Je suis actuellement vice président de l’AAPPMA d’Argentat et administrateur de la FD 19 en charge de l’animation de la commission « pêches et parcours spécialisées ». Ces deux activités sont complémentaires pour tenter de protéger nos cours d’eau et faire évoluer les réglementations de la pêche vers des pratiques plus respectueuses.

 

eclusee

Le fonctionnement hydroélectrique par éclusée, une catastrophe pour la Dordogne. Ici macro-invertébrés et mêmes petits poissons ou alevins se trouvent piégés de même que …

 

Nico :  Selon toi, de quoi souffre le plus nos cours d’eaux ?

 

FS : Du progrès. Ici, c’est une route qui abîme un cours d’eau, là, une usine. Un peu partout l’utilisation des produits chimiques fait des ravages. Sans compter le manque d’eau qui est utilisée pour arroser, produire de l’électricité ou de la neige artificielle. Les cours d’eau en bon état sont très rares chez nous. Et malheureusement, cela ne devrait qu’empirer. Les perspectives au regard des changements climatiques annoncés sont très mauvaises, catastrophiques même pour les espèces peuplant les eaux très oxygénées.

 

eclusee2                          … que le frai des poissons mis hors d’eau

 

Nico :  Quelles sont dès à présent les mesures à prendre pour éviter un accroissement de la dégradation des milieux et quelles seraient les solutions pour aboutir à une amélioration du fonctionnement physique et biologique des rivières ?

 

FS : On est réellement face à un problème global. Notre modèle de société basée sur la consommation à tout va entraîne des modes de vie non respectueux de la planète et de son environnement. L’omniprésence de la chimie, la surconsommation de l’énergie, d’eau, le réchauffement climatique, l’agriculture intensive, l’augmentation de la population mondiale, tout converge pour aboutir à la dégradation durable des milieux naturels et des milieux aquatiques en particulier.

Si bien que les mesures qu’on peut prendre sans remettre en cause le fonctionnement de nos sociétés modernes risquent de ne pas être suffisamment efficaces pour inverser la tendance. Je suis pessimiste mais il suffit de se remémorer les endroits où nous avons pris nos premières truites pour s’en convaincre. Le ruisseau où j’ai attrapé ma première fario est aujourd’hui remplacé par un champ de maïs. Il a été recalibré puis déplacé. Et celui où j’ai pris ma première truite à la mouche n’a pas vu les points d’un salmonidé sauvage depuis de nombreuses années. Ces changements sont malheureusement irréversibles et il n’y a pas de solution miracle pour revenir en arrière.

 

Nico :  Face au laxisme de l’Administration, aux pressions des industriels, au lobbying de la culture intensive, et surtout devant l’indifférence générale de nos concitoyens, penses-tu réellement que les associations de protection de l’environnement représentent un « contre pouvoir » efficace ? Comment peuvent-elles agir ?  

 

FS : L’Administration n’est pas laxiste. Elle est au service d’une population qui numériquement croît et dont les besoins augmentent de par le toujours plus de consommation qui soutient la croissance. Il faut nourrir les gens, il faut qu’ils travaillent, il faut qu’ils puissent se déplacer, faire du ski, se chauffer, faire tourner leurs ordinateurs etc… Tout le reste n’est que la conséquence de l’augmentation de ces besoins.

  maniftuili+¿res                 

Frédéric Serre : initiateur du Collectif « Après Tuilières »

 

Les associations de l’environnement après d’âpres combats ne peuvent qu’obtenir de maigres compensations mais elles ne peuvent pas endiguer ce mouvement de fond qu’est le progrès et tout ce qui va avec.

 

Toutefois, dans notre malheur, nous avons la chance de vivre dans des sociétés qui peuvent se permettre d’avoir une conscience écologique. Cela aboutit à l’intégration de considérations environnementales à de nombreux niveaux dans les nouveaux textes de loi régissant les activités de notre société. On peut regretter que cela n’aille pas assez vite et pas assez loin mais les règlements se mettent progressivement en place. Les associations ont donc un rôle très important à jouer, dans le domaine de la veille écologique, de la revendication pour obtenir des textes plus adaptés comme du respect des textes en vigueur.

 

Car si les choses ne changent pas radicalement, d’ici 50 ans, il n’y en aura plus de truites que dans quelques rares ruisseaux d’altitude du massif central. Les Pyrénées seront un peu plus épargnées grâce au débit apporté par les orages estivaux. Mais les gens s’accommoderont de la nouvelle situation. Voilà pourquoi il faut continuer à soutenir ces associations tout en restant lucide sur nos chances de succès.

 

 

Nico :  En matière de gestion halieutique, entre le no-kill, le tout kill ou le prélèvement raisonné que s’imposent certains pêcheurs ou que permet la réglementation, un modèle de gestion n’a pas encore fait l’objet d’un véritable suivi scientifique : la fenêtre de capture. Quels pourraient être les avantages de ce modèle de gestion ?

 

FS : La fenêtre de capture présente le gros avantage de permettre aux pêcheurs recherchant des poissons trophés et aux pêcheurs qui privilégient le panier de cohabiter spatialement. Pour le moment, les amoureux de poissons trophés sont souvent cantonnés dans les parcours nokill car leurs chances de croiser un beau poisson y sont supérieures et les autres pêcheurs ont à leur disposition l’immense majorité du linéaire. Mais ils se croisent rarement.

  fredsurgaves Fred sur le Gave

 

L’idée initiale de ce mode de gestion est de protéger les géniteurs en les relâchant tout en mettant la pression de prélèvement sur les classes d’âges des poissons immatures qui sont aussi les plus représentées en nombre. En permettant la capture des poissons de 1 ou 2 ans, on satisfait les pêcheurs préleveurs. Et en remettant les adultes à l’eau, on garde suffisamment de géniteurs pour faire tourner le cycle de l’espèce. Ces gros poissons sont aussi de très bons poissons de sport. Et ils sont à même de faire venir en nombre les pêcheurs sportifs sur le parcours. Tout le monde y trouve son compte.

Ce système qui donne satisfaction dans de nombreux pays n’est toutefois pas possible en France. D’une part parce qu’il n’est pas légal de prélever des poissons immatures et d’autre part parce qu’il n’est pas encore possible de fixer des tailles élevées de remises à l’eau obligatoire. Il faudra une adaptation du système pour le transposer en France sur le plan légal.

En effet, l’Administration française ne considère pour le moment que le volet biologique des espèces pour définir les règles de leur gestion. Et comme 5 couples de truites de 18 cm sont capables de maintenir en vie une population de truites sur un ruisseau, on se réfugie derrière la gestion actuelle qui assure la pérennité des espèces pour refuser toute évolution de réglementation. Mais voilà, si 10 truites peuvent assurer la survie de l’espèce, il en faut plus pour contenter les pêcheurs.

 

Gave

 Les rivières adaptées à ce type de gestion ne manque pourtant pas en France

 

Il faut donc pour pouvoir tester la « fenêtre de capture », convaincre les fonctionnaires du ministère que la gestion piscicole doit aussi se décider avec une entrée halieutique qui se superpose à l’entrée biologique qui doit rester un préalable aux nouvelles mesures. Cela permettrait de laisser la possibilité localement, aux AAPPMA via des arrêtés préfectoraux de créer des parcours à thème pour les salmonidés (double taille par exemple), de faire varier la taille légale de capture du sandre, du brochet ou du black bass au delà de la limite « biologique » actuelle, de faire des parcours trophées pour les carnassiers avec des mesures de remise à l’eau sélective ou non etc… Donc, on garde le minimum actuel qui nous est dicté par la sauvegarde des espèces, mais on se donne la possibilité d’aller au delà de ces mesures minimales pour augmenter l’attractivité de certains parcours via certaines mesures prises à des fins halieutiques.

  ombreain

La fenêtre de capture où  remise à l’eau des beaux géniteurs comme cet ombre, un nouveau modèle de gestion halieutique ?

 

Si quelques personnes au sein des instances nationales de la pêche sont convaincues que l’avenir du loisir pêche passe par ces évolutions, il y a malheureusement certains responsables, du sud-ouest de la France en particulier, qui sont particulièrement rétifs à ces mesures. Ils restent arc-boutés sur le sacro-saint principe de la simplification à l’extrême de la réglementation comme dogme pour gérer la pêche. C’est le système actuel qui a conduit l’an dernier à une baisse de 10% des effectifs des pêcheurs.

Ils se trompent car si les pêcheurs ont une réelle volonté de simplification c’est principalement dans le domaine de la réciprocité. Payer des cartes à chaque fois qu’ils changent de cours d’eau les rebute alors que s’adapter à des réglementations locales ne leur pose pas de problème dès lors qu’ils en sont informés. Il suffit de les voir sur des plan d’eau privés (parcours carpes, lacs réglementés, réservoirs mouches) pour constater qu’ils s’adaptent bien à des réglementations aussi diverses que variées.

 

La route sera longue pour arriver à faire changer la réglementation de la pêche en France, mais ce n’est qu’en continuant à participer à la vie des AAPPMA, des fédérations et autres instances officielles (club mouche, FFPML…) que nous pourront obtenir un jour ce que nous demandons.

 

 

FILMOGRAPHIE et REALISATION

 

Nico :  Tu es réalisateur de films sur la pêche à la mouche. Dans ta filmographie figurent entre autres Les carnets d’un moucheur, Sèche et nymphe à vue, Pêche à la mouche sur la DordogneDes mouches à la pêche, Peur de rien à la mouche, ... de quelle réalisation es-tu le plus fier ?

 

FS : Je suis fier de tous ces films même si les derniers réalisés sont les plus aboutis techniquement parlant. Mais je pense avoir un faible pour « Sèche et nymphe à vue » en raison de la complicité que j’ai eu avec Laurent et de la liberté totale que j’avais lors du tournage.

 

Nico :  Quel tournage t’a procuré le plus de plaisir et quel a été le plus difficile ?

 

FS : Tous les tournages sans exception m’ont procuré beaucoup de plaisir. D’une par parce qu’être au bord de l’eau est toujours un plaisir pour moi mais aussi et surtout en raison des rencontres que j’ai pu faire lors des tournages. J’ai eu la chance de filmer de très bons pêcheurs, d’une richesse incroyable, tous différents mais unis par la même passion : la pêche à la mouche. Je ne les remercierai jamais assez de s’être prêté au jeu et d’avoir à chaque fois, sans retenu, donné le meilleur d’eux même n’hésitant pas à m’amener dans leurs meilleurs coins.  

  tournageloue

Tournage sur la Loue

 

Le tournage le plus difficile a été certainement le dernier « Peur de rien à la mouche ». Filmer des gens entrain de pêcher des truites où des ombres n’est pas simple, mais c’est assez commun et sans réelle surprise. En revanche, attraper à coup sûr des mulets, des carpes, des barbeaux ou des tanches est tout sauf simple à la mouche. Le tournage en Espagne a été contrarié par des conditions météo exécrables tout le printemps qui ont retardé le frai des carpes et donc le tournage (impensable pour moi filmer des scènes de pêche pendant le frai). En Alsace, les aspes n’ont pas répondu à nos sollicitations et en Camargue, on a vraiment galéré pour faire mordre les carpes.  Sans compter les contraintes liées au contrat passé avec la chaîne et un montage qui devait impérativement se dérouler en studio à Paris sur dates bloquées. Bref, dose maximale de stress sur ce coup mais au final, sans doute la réalisation la plus abouti de tout ce que j’ai pu faire. Lorsqu’on regarde ce genre de films confortablement assis dans son fauteuil, on n’imagine pas le boulot qu’il y a derrière.

 

Nico :  Quelles sont les erreurs à éviter pour la réalisation de ce genre de film ?

 

FS : Plutôt que d’énumérer les erreurs à éviter, je préfère parler de ce qu’il faut posséder pour faire de la qualité. La meilleure arme pour faire de bons films de pêche est quand même d’avoir un bon bagage technique en matière de prise de vue et de prise de son. Le meilleur atout est d’être soi même pêcheur à la mouche. Et pour ne pas galérer lors des tournages, il faut s’entourer de très bons spécialistes dans le domaine.

 

Nico :  De quel matériel disposes-tu pour le tournage et le montage ?

 

FS : J’ai un bon pied en carbone, un sac à dos, un micro HF et une caméra numérique haute-déf légère et de taille moyenne. En tournage, il faut pouvoir se déplacer facilement toute la journée sans trop de fatigue, souvent à pied dans un milieu par toujours facile. Du coup, un matériel léger est très appréciable. Pour le montage, au début je montais chez moi sur mon PC. Mais maintenant, grâce à la chaîne de TV Seasons, je monte en studio à Paris. Je bénéficie d’un matériel plus complet, de l’assistance de techniciens qui gèrent le matériel et surtout d’une journée avec un ingénieur du son pour faire le mixage final de la bande son. C’est vraiment très appréciable car le son, c’est de loin ce qui est le plus difficile à gérer dans un film. Et comme je fais quasiment tout tout seul du début à la fin, c’est ce qui est le plus difficile à gérer en plus de tout le reste.

 

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« Peur de rien … à la mouche », la réalisation la plus abouti de Frédéric Serre

 

Nico :  As-tu un nouveau projet de réalisation et si oui peux-tu nous en dire un peu plus ?

 

FS : J’ai toujours des projets plein la tête, des sollicitations de ma boite de production mais je ne dispose pas du temps nécessaire pour les réaliser. Je suis à une période de ma vie ou je préfère consacrer mon temps libre à ma famille. Dans quelques années, mes enfants auront l’âge de quitter la maison, c’est le moment où jamais de leur consacrer du temps. Du coup, je privilégie mon rôle de père en ce moment. Mais quand je serai vieux , je reprendrai la caméra c’est promis.

 

GOBAGES.com

 

Nico :  Tu es Président et administrateur du site gobages.com, l’un des sites de pêche à la mouche les plus visités et comptant le plus d’inscrits. Créé en 2000, comment ce projet a-t-il vu le jour ? avec quels objectifs ? et quel futur ?

 

gobfam2beigebisnoir copieFS : Début des années 2000, c’était les années folles d’Internet. C’était nouveau, rien n’existait dans le domaine des sites de pêche à la mouche. Un forum par ci, des pages perso par là. J’avais monté des pages perso assez incisives pour dénoncer ce qui se passait sur la Dordogne et on s’empoignait pas mal sur le forum du site nokill.com. Petit à petit, des affinités sont nés au hasard des discussions. Un petit groupe de 5 internautes s’est formé et nous avons décidé d’unir nos sites et nos efforts pour inventer gobages.com.

Nous nous sommes répartis les rôles et on a créé de toutes pièces ce site et cette formidable aventure. La vie a fait que sur les 5 membres fondateurs, 3 pour des raisons diverses ont abandonné l’aventure. Seuls Jean-Yves et moi même qui nous connaissions avant sommes restés mais nous avons été rejoints par d’autres passionnés qui ont vite intégré l’équipe.

Les objectifs initiaux étaient ambitieux et ils sont toujours les mêmes aujourd’hui : promouvoir la pratique de la pêche à la mouche et du nokill.

   

 

Le monde bouge, Internet évolue très vite. L’Internet d’aujourd’hui n’est plus celui des débuts de gobages. Je suis fier du site que nous avons créés et que nous animons encore malgré des attaques incessantes pour ce que nous représentons (des moucheurs qui grâcient leurs prises), la gestion difficile de l’ego de certains membres, la concurrence des réseaux sociaux qui sans pitié siphonnent les sites traditionnels.

Mais nous faisons évoluer le site. Un énorme travail de développement nous permet de mettre désormais à disposition de nos membres de nouveaux outils comme les groupes à thème dans le cadre d’un site au look rénové doté d’un forum dernier cri.

 

De plus, nous avons un peu mûri depuis le début si bien que les discussions, même si elles sont toujours passionnés sont moins dures qu’il fut un temps. A l’avenir, gobages restera donc un lieu d’échange et de débats autour de la pêche à la mouche comme de la pratique du nokill.

 

 

 

Je tiens à remercier Matthias, Jean-Yves et Jean-Louis de m’avoir autorisé à utiliser certaines de leurs photos pour illustrer cet article et je te remercie de m’avoir ouvert les pages de ton blog. J’espère que nous aurons à nouveau l’occasion (et pour longtemps encore) de tenter ensemble les truites du nokill de Lortet lorsqu’elles sont bien canailles à faire monter sur les émergentes d’ignitas

 

A bientôt sur le net ou au bord de l’eau.

 

 

Nico : Je te remercie beaucoup Frédéric d’avoir répondu sincèrement à mes questions et d’avoir participé à l’activité de ce blog. Les photos que tu livres ici sont également superbes. Nul doute qu’un jour on se recroisera au bord de l’eau. Peut-être même sur La Dordogne. Mais cette fois ci, je te piquerai une imitation de sulfure !

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commentaires

Sarah 13/02/2014 18:28

Bonjour!
Où exactement peut-on pecher la Dordogne le mieux? On est situer dans la charente Maritime à Saintes, est-ce que il y a de bonne lieu autours? Merci pour vortre aides et excusez mon francais, je suis allemande.. Sarah

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  • Attiré depuis tout petit vers la surface de l'eau, je n'ai cessé de chercher à ce qu'il y avait en dessous. Cette pensée m'obsède toujours. Ainsi c'est au bord de l'eau que je me ressource, pour percer ce mystère.
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