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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 13:40

DSCN2583Nouveau mois, nouvelle interview. Cette fois ci, j'ai décidé d'interviewer mon meilleur ami, celui avec lequel je partage de nombreuses passions. Nous nous voyons très souvent et il est rare que pendant nos visites mutuelles nous ne trempions pas un peu de fil dans l'eau, que ce soit en Ariège, dans les Hautes-Pyrénées, en première ou en seconde catégorie. Lors de nos sorties au bord de l'eau, je suis rarement bon du fait de soirées un peu trop arrosées où nous refaisons le monde halieutique. Je me souviens d'une ouverture carnassier où on ne s'était pas levé (forcément, on ne s'était pas couché ). Autant vous dire qu'une fois les cannes en place, on a bien roupillé.

 

 

 

nicolas65 : David, peux-tu te présenter ?

David : David GAILLARD, 30 ans, Calmont (31), Ingénierie des transports. Marié et papa depuis 5 ans. Pêcheur depuis toujours, moucheur depuis 10 ans, joueur de squash, ancien handballeur et amateur de foot. A raison d'une ou deux sorties par quinzaine, je ne consacre pas autant de temps que ce que je souhaiterais à pêcher.


                           David GAILLARD

nicolas65 : Tu habites à la limite de la Haute-Garonne et de l'Ariège, je suppose que tu vas nous décrire une rivière pyrénéenne ?

David : J'aurais pu choisir l'Arac, la plus préservée. Ce sera quand même l'Ariège que je fréquente le plus tout simplement parce qu'il ne me faut que 20 minutes pour accéder aux premiers secteurs intéressants de la partie aval. Le bassin versant de l'Ariège s'étend aux hauts sommets d'Andorre et comporte plusieurs grandes stations de sport d'hiver. La fonte des neiges peut se prolonger jusqu'en juillet. La vallée, dès Ax-les-Thermes est très industrialisée et la rivière souffre beaucoup de l'activité humaine en amont de Tarascon. A l'aval de Foix, l'Ariège enrichie par plusieurs affluents devient beaucoup plus large et abrite quelques beaux sujets qu'il faut savoir dénicher. Je ne m'aventure plus sur le secteur intermédiaire car c'est un modèle d'incohérence en terme de gestion de débit au barrage de Mercus qui génére également une accumulation de déchets ménagers hallucinante jusqu'au Pont du Diable.


                       
La basse Ariège

En amont de Tarascon, c'est une rivière bien peuplée mais compliquée à pêcher tout comme ses principaux affluents. Les éclosions et l'activité en surface sont très irrégulières. La récente mise en place d'un parcours no-kill en lieu et place d'une ancienne réserve sur la commune des Cabannes a donné un nouvel intérêt à ce secteur que je fréquentais de moins en moins.

 

                  L'Ariège dans sa partie amont                            Le Vicdessos, affluent de l'Ariège

En aval de Foix, c'est une toute autre pêche qu'il faut pratiquer, les truites sont plus rares mais bien plus grosses et les rencontres avec de très gros sujets sont fréquentes. Il faut les réperer, les pêcher et les repêcher avant de les prendres en nymphe ou en sèche pendant leur courte sortie quotidienne.

 
                    L'Ariège dans sa partie aval

nicolas65 : Chaque pêcheur a sa propre évolution, on commence généralement par pêcher les vairons et les ablettes au coup puis on dérive très vite vers d'autres techniques. Comment s'est passée cette évolution chez toi ?

David :
J'ai débuté comme la pluspart des gamins en pêchant au coup dans les bottes de mon père sur le Cher. J'ai découvert la truite sur les lâchers de surdensitaires de la rivière du coin au ver de terre. Ado, j'ai eu une grande période carpe avec quelques belles parties de pêche. Je ne pêchais la truite et le carnassier qu'au lancer. C'est l'époque où l'on déroge aux enseignements paternels pour utiliser les techniques qui nous plaisent vraiment jusqu'à ce qu'un beau jour d'ouverture, on prenne plus de truites avec le fameux et incournable rappala vairon qu'avec le bouchon et le lombric du Papa.


J'ai débuté la mouche et le montage vers 20 ans en me faisant la main sur tout ce qui pouvait potentiellement gober sur la Garonne à Agen où je faisais un stage sur la remontée des Aloses. J'y ai d'ailleurs tenté ce poisson mais surtout fait connaissance avec les Pyrénées les week-end sur la Neste entre Lortet et Arreau. Ensuite, la progression dans la technique s'est faite doucement au fil des saisons de pêche dans le Morvan puis dans les Pyrénées.                           

Aujourd'hui je pêche la truite exclusivement à la mouche en no-kill même si je n'en fait pas un cheval de bataille auprès des autres pêcheurs. Après avoir longtemps consacré l'ouverture de la truite à la pêche au vairon mort manié et le reste de la saison au fouet avec une technique approximative, je peux dire sans rougir que c'est bien toi Nico qui m'a poussé à progresser jusqu'à aujourd'hui. 
                                                  
                                                                               David et moi sur les rivières pyrénéennes


nicolas65 : Qu'est ce qui t'a amené à la pêche à la mouche ?

David :
Nous étions tellement dingues à 18 ans que nous allions pêcher les truites de la Boivre (86) au lancer en laissant dériver d'énormes mouches de mai vivantes sur des hameçons n°6 lors de spectaculaires éclosions. Il m'était aussi arrivé de prendre des truites sur la Dive (79) avec des sauterelles. Je crois qu'historiquement le point de départ se trouve là puisque l'année suivante nous achetions nos premières cannes à mouche (une Marty  9 pieds soie 4/5 personnellement).

Nos débuts à la mouche sur  le Plateau de Millevaches


nicolas65 : Je me rappelle en effet ces éclosions monstrueuses de mouches de mai et nous deux en train de courrir après . Qu'elles sont tes rivières favorites pour la mouche et quelle est ta technique de prédilection ?

David :
Pour faire de belles parties de pêche en sèche sur de belles éclosions, même si les poissons sont de petites tailles, je dirais l'Arac sans hésitation. Pour traquer les grosses truites en nymphe à vue, l'Ariège dans sa partie aval.


                            David et une fario de 64 cm

nicolas65 : Tu dois partir sur une île déserte où coulent de nombreuses rivières, tu ne dois emporter avec ton fouet que 3 mouches, lesquelles prends-tu ?

David :
Une Devaux A4 si je ne me trompe pas de référence (araignée grise à corps jaune, claire), un palmer noir à deux hackles et une pheasant tail lestée.


 
 Les 3 mouches de David : Araignée grise à corps jaune (haut-gauche), palmer noir (haut-droit)

et pheasant tail casquée (bas)


nicolas65 : Si tu ne devais retenir qu'une image, une séquence de ta vie de pêcheur, laquelle serait-elle ?

David :
Il y en a beaucoup et les plus récentes viennent forcément effacer les plus anciennes mais je pense que le premier départ de carpe avec le bruit du frein qui dérouille... cela fait partie des expériences qui donnent envie de progresser.

nicolas65 : Qu'elle a été pour toi la journée la plus cauchemardesque au bord de l'eau ?

David :
C'est celle où tu arrives au bord de l'eau sans ta canne et qu'après avoir fait l'aller-retour en quatrième vitesse, les emmerdes continuent sur la rivière jusqu'à ce que tu perdes une truite de 50 parce que tu n'es pas assez concentré.

                                             En sèche sur la basse Ariège

nicolas65 :

Tu sais ce que je regrette ? C'est qu'on n'ait pas réussi à prendre cette truite monstrueuse (elle faisait environ 80 cm) que nous avions vu sur un Lac de Montagne du Néouvielle. D'après toi, que nous a-t-il manqué ce jour là ?


David :
C'était il y a 5 ans, probablement l'expérience de ce genre de rencontre avec des poissons patients et opportunistes qui ne sortent qu'une ou deux heures dans la journée pour se remplir l'estomac.

 

                                                         Les compères sur l'Adour

nicolas65 : Nous parlons souvent ensemble des aggressions que subissent les cours d'eaux. Si tu avais les pleins pouvoir, que ferais-tu ?

David :
Il n'y a pas 50 mesures à prendre pour changer radicalement la donne.

1. Mettre fin aux épandages de pesticides et autres phytosanitaires. C'est également indispensable pour notre santé.

2. Obliger EDF à démanteler les ouvrages inutiles et à réguler intelligemment les débits et la température de l'eau.

3. L'éthique, le no-kill, la discipline viennent en dernier car cela ne suffirait pas à résoudre le problème posé essentiellement par la dégradation du milieu aquatique. Nous devrions même pouvoir prélever raisonnablement dans une rivière bien gérée et saine. La loutre revient en fanfare sur le bassin versant de l'Arac tout simplement parce que cette rivière est préservée et que sa productivité permet à cette espèce de s'y installer. Cela ne nous empêche pas d'y prendre beaucoup de truites.

 
                         
Sur l'Aude                                                                    Sur Le San

nicolas65 :
Tu es papa d'un petit Enzo depuis 4 ans déjà, je suis persuadé qu'un jour il trainera ses waders à nos côtés. Quelles valeurs halieutiques aimerais-tu lui transmettre ?


David :

D'ici 10 ans, ce qui m'importera, ce n'est pas de lui apprendre quoi pêcher et comment le pêcher, mais plutôt de respecter les rivières. Si nous avons inversé la tendance d'ici là, s'il peut encore apprécier le spectacle d'une éclosion, ce sera déjà une victoire.

 
                                        Enzo GAILLARD, mon filleul et futur moucheur (j'espère !)

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commentaires

sylvain 29/06/2012 23:41


bonjour belle interview et des des rivieres magnifiques sinon c quelle marque tes waders merci de ta reponse.

nicolas65 02/07/2012 12:28



Mes waders sont des simms ... qui commence à prendre l'eau au bout de 4 mois . Vraiment
n'importe quoi !



alain caraty 29/07/2009 21:04

eh bien je vois que j'ai à faire à des pros de la mouche( je le savais quand même avant de lire ce blog. J'ai  vraiment besoin de m'entrainer avant de faire des sorties avec vous; je crois me souvenir que certain m'appele '' 5mn à faire un noeud''; c'est faux, j'ai gagné 1 mn depuis. Il est vrai qu'en indre et loire, les rivieres à truites ne court pas les rues et les seules que nous avons sont pêchées au fil 30centième fluo et au gros bouchons. Bonnes sorties à vous tous et à bientôt sur le bord des torrents
 

nicolas65 30/07/2009 09:15


Non non, ton surnom c'est "troiplombepourfaireunnoeud". Si t'as gagné 1 min, ça change rien


bernadette 03/06/2009 00:08

c'est vrai que maintenant il vous appartient d'apprendre aux jeunes générations comment aborder les problèmes de survie du milieu aquatique - nous avons d'énormes richesses que nous devons absolument préserver - Je me rends compte en lisant vos commentaires, que vous avez énormément progréssé et que vous avez à coeur de transmettre ce savoir, et cet amour du no-kill juste pour le plaisir des yeux et pour la beauté du geste - alors encore beaucoup de courage et de persévérence pourque les générations futures puissent, elles aussi apprécier  cet héritage et remercier les anciens - Je l'ai fait un peu à la Hulot bises à tous

nicolas65 03/06/2009 08:43


Rien à ajouter ! tu viens de tout dire. Merci.


benoi 06/05/2009 12:11

pfff ! on verra ! d'autres priorités en ce moment pis la saison va pas aller en s'arrangeant ! on verra !

nicolas65 06/05/2009 12:21


On a qu'une vie


benoit 03/05/2009 22:03

pas mal du tout cet petite interview. pour ma part je me souvient avoir suivi quelques années les deux compères dur la dive du nord à l'ouverture de la truite du côté de la grimaudière et autre lieu dit. belles parties de pêche en souvenir je débutais et les truites de lachers me suffisaient. de plus il y avait toujours de belles surprises avec les brochets de la dive. on a tous changer de techniques et de point de vue dorénavant, il faut bien un début à tout. -ben-

nicolas65 05/05/2009 13:58


Ben justement, quand est-ce que tu viens pêcher LE gave ?


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  • Attiré depuis tout petit vers la surface de l'eau, je n'ai cessé de chercher à ce qu'il y avait en dessous. Cette pensée m'obsède toujours. Ainsi c'est au bord de l'eau que je me ressource, pour percer ce mystère.
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